His work focuses on fiction, flows and destruction. He works with a variety of analog and digital media by questioning the relationship we have with technology.
He lives in Montreal and Paris.
http://chatonsky.net
Economie 0

Economie 0 is a special issue of Upgrade! Paris, dealing with the relations between
Art & Economy. Within its 48h of lectures, it gathers 500m2 of installations, 3
workshops, a "Noplacard" concert, and a publishing & documentation space.
For 48h non stop!
Friday 15 Feb. (8pm CET) to Sunday 17 Feb. (8pm CET)
Location: La Menagerie de Verre, 12-14 rue Lechevin, Paris 11
And Ars Longa, 67 avenue Parmentier, Paris 11
M° Parmentier
Free admission
The admission to all the workshops is free. Please sign in at this address:
upgrade@incident.net.
All lectures will be streamed on http://incident.net/theupgrade/economie0/
With contributions by:
Christophe Atabekian, Crystelle Bédard, Maurice Benayoun, Hans Bernhard, Pierre
Bongiovanni, Christophe Bruno, Carl.Y, Grégory Chatonsky, Alexis Chazard, Katerina
Chryssanthopoulou, Serge Comte, Cosmin Costinas, Sylviane Diop, Disposition, Dorkbot
Paris, Benoît Durandin, la Cantine, N'Goné Fall, la Fédération Culture-Multimedia,
la FING, Jean-Paul Fourmentraux, Gawlab, David Guignebert, Sohpie Gosselin, Renée
Green, Gal Kirn, laboiteblanche, Philippe Langlois, Matthieu Laurette, Geert
Lovink*, Nathalie Magnan, les éditions MF, Antoine Moreau, Yann Moulier-Boutang,
Multitudes-Icônes, Noplacard (Nomusic et Placard), Mathieu Perona, Annick Rivoire,
Radiolist, Vincent Robert, Cyrille Le Rolland, RYBN, Antoine Schmitt, Michaël
Sellam, Société Réaliste, Marc Partouche, Syndicat Potentiel, UBERMORGEN, Nicolas
Thély, Gwenola Wagon, and other participants from elsewhere: Upgrade! Boston,
Montreal, New York, Scotland, Skopje, SL, Vancouver...
Events:
The first release of "NoPlacard" (a cross between Nomusic and Le Placard), the
inauguration of "Télévision Zero" on FreeTVPerso by Christophe Atabekian, and a
prototype of the Upgrade! International stream session, which allows 25 nodes of the
Upgrade Network to meet and share 48h of lectures on Giss.tv.
This special issue of Upgrade! Paris aims to question the relations between Art and
Economy: the value of the work of art; the autonomy of the practices, of the
artistic production and diffusion; the emerging alternative models; the notions of
expense and loss, with a litmus test of the idea of neutralizing the artistic
economy.
This Upgrade special issue does not follow the classical transmitter-receiver
exhibition system. It is a multiple process, a communal space for cohabitation and
interference, and a platform where various actors from the artistic, research &
science scene meet. This think-tank is a critical space, which accepts and feed on
its contradictions.
Economie 0 is a concept by Gregory Chatonsky that describes artistic and social
phenomenon, which are not outside neither inside the economy, but neutralizes it.
http://incident.net/users/gregory/wordpress/04-economie-0
*Geert Lovink will also take part in Troisieme Oeil, Sunday 17 feb 2008 (6 pm to 8
pm) at the Centre Pompidou (www.internetmonamour.fr). His lecture at Economie 0:
Sunday 17 feb (3pm to 4pm CET)
Upgrade! Paris is organised by Incident.net.
We would like to thank: The Menagerie de Verre & Ars Longa.
With founding from: The "Culture & Communication Ministry", Arcadi (Action régionale
pour la création artistique et la diffusion en Île-de-France), Ponzi's Parasite
360°.
With the help from: RYBN, Sklunk.net, Cela-Etant, Free, Maecia, G.I.S.S., CITU,
Mains d'Oeuvres, Actes'If Network, and Florence Brissard (Teletota).
Insinuation (Gregory Chatonsky @ Action art actuel)
End Time:Sunday, March 23, 2008 at 8:00pm
Location:Art action actuel
Street:190, rue Richelieu
City/Town:Saint Jean, QC
Just don't know what to do with myself (2007)
http://incident.net/users/gregory/chatonsky/works/ijustdontknow/
Installation interactive met gravures
Dislocation III (2007)
http://incident.net/users/gregory/chatonsky/works/dislocation3/
Photographies
Useless Games 0.1 (2008)
Video
D’une pression du doigt Gregory Chatonsky nous invite à décristalliser l’icône originaire et singulière de notre existence dans le monde, l’icône identitaire qui nous distingue, ce dessin en creux que tracent les crêtes papillaires de l’épiderme pulpeux de notre empreinte digitale, qui porte notre identité au même titre que notre empreinte génétique ou notre ADN. Notre identité se trouve ainsi désacralisée, dépourvue de son caractère stable et immuable mais augmentée de la capacité de révéler les processus aléatoires qui l’ont amenée à se concrétiser, à se solidifier dans une image, support de tout portrait. Et cela par une pression du doigt qui devient l’interface d’un processus interactif numérique. L’empreinte sur un grand écran incarne dès lors un paysage à la structure arborescente dont la force centrifuge, engloutissant tout horizon possible, aspire dans une plongée en abîme ce qui reste de notre identité. On assiste à un champ de variations de signes de passages qui se suturent, se décomposent, se fragmentent, se liquéfient dans la subtilité figurale du numérique, dans une mutation infinie.
Les termes insinuation, insinuer, prennent alors tout leur sens, autant celui d’une affirmation que celui qui « sous-entend », se faufile, se glisse dans la peau d’un autre peut-être ? L’artiste, par une pression du doigt, nous fait déroger à un acquis jusque-là inattaquable. Devant cette figurabilité affolante de la dislocation, l’illusion de devenir transparent, fluide, impalpable, fuyant, à l’image d’avatars virtuels, nous saisit, car, nous le savons, nous nous transformons dès que nous entrons en relation avec les autres, mais aussi avec notre propre pensée sur les autres et sur le monde. Pour en accentuer l’effet, il oppose ces flux d’images d’identités flottantes à des portraits-empreintes de personnages connus, sorte de cases identitaires immuables, statufiées dans la conscience collective par une spectacularisation de l’apparence d’identité arrêtée.
Tout comme dans Flussgeist, un de ses précédents projets, il remet en question le principe d’identité et, comme à son habitude, il cherche à déconstruire les règles établies en poursuivant une démarche de chercheur, non pas celui qui reconstitue l’histoire à partir de fragments, mais qui fragmente le monde pour y déceler sa fragilité, ses zones floues, par des procédés qui provoquent et accroissent toute perception sensible.
Par ce travail d’élucidation de la trace et son processus de randomisation, et de hasardisation, l’artiste interroge le mystère de la cristallisation autant de l’empreinte digitale que de l’empreinte figurale de l’image médiatique dans une esthétique insinueuse, sinon sinueuse, de déconstruction des acquis en replaçant la notion de destin au c
The invention of the destruction (Gregory Chatonsky @ numeriscausa)
Exposition du 10 janvier au 1er mars 2008
Si Karlheinz Stockhausen déclarait que les attentats du 11 septembre sont une oeuvre d'art, il faut savoir entendre au-delà de la provocation d'un tel propos, l'esthétisation croissante de la destruction. Sans doute l'écroulement du World Trade Center est une image qui a modifié de part en part notre imaginaire et qui continue encore aujourd'hui à nous hanter. Nous avions déjà vu ces images, avant que l'événement ait lieu, dans les films hollywoodiens, images de catastrophes, tours en flamme, corps plongeant dans le vide, nuages de poussière.
Nous avons été habitués à la destruction par les images de la télévision qui paradoxalement nous laissent de plus en plus insensibles et nous éloignent de ce que nous voyons. Nous sommes alors face à des images qui ne sont pas seulement la captation d'un événement, mais sa mise en scène, sa représentation, comme si l'événement lui-même avait été orchestré pour n'être qu'une image.
D'autres images de guerre ont depuis circulé, souvent liées au 11 septembre, des corps mutilés, des bâtiments détruits, des pays décimés par la guerre civile. Nous y sommes restés insensibles, étant à proximité des images, des informations, des données. Nous gravitons autour de ce néant. Nous nous méfions à présent de tout.
Pourquoi la destruction est-elle au coeur des images produites par les médias? Que se passe-t-il dans le changement d'état convoqué par la destruction? Cela a-t-il rapport à une transformation des relations entre la forme et la matière? Que nous arrive-t-il quand la forme devient méconnaissable et que la matière brute semble progressivement se libérer de sa silhouette? Que nous arrive-t-il à ce moment précis et infime de la dislocation, dans cet entrelacs? S'agit-il simplement d'un événement négatif ou est-il possible d'envisager la dislocation comme quelque chose de productif?
Grégory Chatonsky propose de revisiter cette question par un parcours qui part d'un incident informatique courant: l'effacement d'un disque dur qui entraîne la perte d'une mémoire personnelle dans l'installation sonore My hard drive is experiecing some strange noises (2006)
Cette mémoire est hantée par les images du cinéma du siècle dernier. Les images projetées dans la salle obscure viennent s'imprimer dans notre imaginaire. Il s'agit de déconstruire la découpe de l'espace et du temps propre à l'enregistrement filmique, de le mettre à plat, afin de revoir, encore et encore, ces images (Readonlymemories, 2003).
À partir de modèles informatiques, Chatonsky produit des photographies, des vidéos, des sculptures stéréolithographiques dans Dislocation II (2006) pour soumettre des meubles à différents états de dislocation. En ralentissant la vitesse de destruction, en modélisant le résultat de celle-ci, en cherchant dans des jeux d'ombre et de lumière, dans la texture d'une poussière artificielle comment fixer le moment même où la forme se défait et n'est plus reconnaissable.
Dans Dociles (2006), les fragments d'un corps de femme sont déposés dans un appartement. Ces morceaux sont délicatement positionnés dans un tissu qui modèle le corps de son drapé. La destruction est ici corporelle, là encore, elle n'est plus la marque d'une violence, mais d'un travail de mémoire, d'une séparation qui nous laisse avec la sensation d'une peau, l'effleurement d'une chaleur.
Ce sont d'autres corps encore qui sont disloqués à la surface du réseau. Chacun écrit ses sensations, ses sentiments, ses pensées. La communauté se disperse sur Internet, elle se répand. L'intime devient publique. Le registre (2007) (software: Le Berre) est une tentative pour sauvegarder le caractère fugitif du réseau. Un logiciel va chercher des affects sur des blogs qui sont ensuite archivés sur des livres uniques et conservés dans une bibliothèque potentiellement infinie.
Cette passion de l'anonyme qui traverse Internet, vient disloquer notre propre identité. Car tous ces objets détruits, esthétisés dans leur disparition viennent nous troubler. Just don't know what to do with myself (2007) (software: Sikora) est une installation interactive ou le visiteur peut enregistrer son empreinte digitale dont l'image se déforme progressivement, se déplace et devient l'origine non d'une identification, mais d'une transformation infinie en détruisant le principe voulant qu’A soit égal à A.
À travers ce parcours, il s'agit de porter un autre regard sur la destruction, de comprendre selon quelle esthétique elle s'invente pour entrouvrir ce qui met à distance la matière et la forme dans nos activités les plus banales.
MY HARD DRIVE IS EXPERIENCING SOME STRANGE NOISES (2006)
installation sonore
READONLYMEMORIES (2003)
photographies
DISLOCATION II (2006)
photographies, sculptures et vidéos
DOCILES (2006)
photographies
LE REGISTRE (2007)
Installation
JUST DON'T KNOW WHAT TO DO WITH MYSELF (2007)
installation interactive et gravures
Numeriscausa opening (Paris, France)
http://www.facebook.com/event.php?eid=5473349796
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Il était une fois...

Exposition d'ouverture / Galerie numeriscausa / 53 bld. Beaumarchais, 75003 Paris
Ouverture de la galerie numeriscausa. Jeudi 29 Novembre 2007.
Exposition collective / 30 Novembre - 22 décembre 2007
Vernissage le jeudi 29 novembre de 16h à 22h
Sniper, Samuel Bianchini
Se toucher toi, Grégory Chatonsky
Sur-natures, Miguel Chevalier
Monochromes, Reynald Drouhin
Shine, Arik Levy
Beauty By, Christophe Luxereau
Christ Mourant, Antoine Schmitt
> Communiqué de presse
> Dossier de presse
> Carton d'invitation
Galerie numeriscausa :
53 boulevard Beaumarchais 75003 Paris / + 33 1 42 78 24 26
contact@numeriscausa.com / www.numeriscausa.com
du mardi au samedi de 14h à 19h et sur rendez-vous
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Communiqué de presse
Il était une fois… formule inaugurale pleine de promesses et d’histoires, employée ici à dessein pour évoquer l’ouverture de la galerie après plusieurs années d’expositions hors les murs.
Orientée depuis sa création vers la diffusion des arts interrogeant la technologie, Numeriscausa met aujourd’hui l’accent sur leur inscription décomplexée dans le champ de l’art contemporain afin d’en souligner les enjeux actuels : modification de la relation du spectateur à l’oeuvre, émergence de nouvelles narrations, mutation du statut des artistes et des collectionneurs. Pour cette exposition d’ouverture nous avons voulu réunir les artistes et les oeuvres qui nous semblaient à la fois représentatifs de cette actualité et correspondants à notre volonté d’hybrider les supports et les pratiques artistiques.
Entre installations interactives, design et tirages photographiques, chacun des artistes de l’exposition Il était une fois… revisite à sa manière l’histoire de l’art en donnant son interprétation des fondamentaux : la nature (Surnatures - Miguel Chevalier - création logicielle Music2Eye), la spiritualité (Shine - Arik Levy, Christ Mourant - Antoine Schmitt), les canons de la beauté (Beauty By - Christophe Luxereau, Monochrome - Reynald Drouhin) ou la participation du spectateur à l’oeuvre (Se toucher toi - Grégory Chatonsky, Sniper - Samuel bianchini).
Miguel Chevalier transforme les natures mortes en un tableau vivant à la fois minimal et luxuriant. Ses Sur-natures, plantes aux pixels colorés, réagissent au passage des visiteurs, se courbent et ondulent, formant ainsi d’insolites ballets végétaux sans cesse renouvelés.
Tandis que ce dernier aborde la nature par l’artifice, Antoine Schmitt et Arik Lévy proposent deux installations qui se confrontent et se renforcent l’une l’autre dans leur dimension spirituelle. Avec Christ Mourant, Antoine Schmitt interprète sans le dénaturer le thème de la croix, en laissant souffrir indéfiniment un christ synthétique, physiquement pendu et exténué. Arik Lévy quant à lui, propose Shine, un halo de lumière évoquant une présence suggestive à la frontière de l’art contemporain et du design. Beauty By de Christophe Luxereau passe de la sublimation de l’âme à celle du corps et interroge les canons esthétiques actuels. Dans cette série photographique, deux personnages, une femme-enfant et une poupée, exhibent la troublante beauté artificielle d’une image fantasmée.
Reynald Drouhin présente le projet Monochromes, aboutissement de son travail sur la fragmentation. Il renonce ici au pigment pour créer des monochromes constitués de micro-images. Créés par un programme informatique, ces monochromes numériques délivrent un contenu hétéroclite fait de la quantité inépuisable d’images qui circulent sur le Web. Pour Grégory Chatonsky et Samuel Bianchini, les oeuvres exposées ont en commun d’être à la fois présentes sur le web et d’inviter les spectateurs à manipuler une image qui se dérobe à eux.
Se toucher toi nous montre les mains d’une femme et d’un homme qui s’approchent, se frôlent et se caressent de manière autonome jusqu’à ce que le spectateur perturbe ce jeu de contact comme s’il touchait et contrôlait de façon invisible les mains du couple. Il en résulte un jeu de maitrise qui s’éclipse lorsqu’une main étrangère interagit depuis internet.
Sniper de Samuel Bianchini nous place face aux images morcelées d’une séquence vidéo de la chute d’une femme abattue par un sniper. À chaque fois que le spectateur survole une partie de l’image, il en révèle l’image suivante. Cette “profondeur de temps” devient alors l’objet de “la manipulation du spectateur”. Diffusées en ligne, ces deux oeuvres uniques continueront de vivre sur le réseau au delà de leur acquisition.
Ainsi, avec cette première exposition collective, nous souhaitons affirmer certains choix mais aussi provoquer une expérience à la fois questionnante et sensitive chez le spectateur. Si une exposition n’est pas la simple juxtaposition des oeuvres qui la compose et qu’il s’en dégage un inattendu, alors nous aurons reussi notre pari, une sorte de récit possible de l’avenir. Il était donc une fois…
Opening numeriscausa gallery in Paris
22 Novembre 2007. 53, bld. Beaumarchais. Paris 3ème.

Samuel Bianchini
Grégory Chatonsky
Miguel Chevalier
Gilles Conan
Edmond Couchot et Michel Bret
Pascal Dombis
Reynald Drouhin
Eduardo Kac
Mathieu Kavyrchine
Bertrand Lamarche
Julien Langendorff
Thomas Lannes
Christophe Luxereau
Collectif Music2Eye
Bernard Michel
Fred Nauczyciel
Joseph Nechvatal
Antoine Schmitt
Du Zhenjun
http://www.numeriscausa.co
http://www.facebook.com/event.php?eid=5473349796&ref=mf
Disnovation
Dans une société dont les effets de mise en scène de la crise produisent des conséquences critiques, certains cherchent à justifier les financements perçus par la création artistique en en démontrant l’utilité démocratique. Une dialectique entre l’art pour l’art et l’art pour autre chose (l’art utile donc) se met en place.
L’un des ressorts classiques de cette tentative de justification est l’innovation : l’art est source d’innovation, de créativité sociale. Sans cette ressource, le développement de nos sociétés s’arrêterait. Une équivalence civilisationnelle se met alors en place entre les arts, les sciences et les techniques, les trois formant un torrent irriguant l’esprit de notre temps.
Il y a bien sûr tout lieu de penser que le discours de l’innovation n’est pas sans rapport avec l’exigence de développement effréné propre au capitalisme contemporain qui exténue la terre. Innover c’est produire du nouveau, coûte que coûte, c’est ne jamais s’arrêter, mais c’est surtout produire de plus en plus de nouveau, c’est-à-dire que c’est le différentiel qui permet d’évaluer la nouveauté elle-même. Cette fuite en avant est celle de la modernité avide de nouveautés en tout genre et dont l’obsolescence programmée n’a eu de cesse d’organiser les corps désirant selon une logique de remplacement permanent, puisque ce qu’on me fait désirer je devrais l’abandonner, deuil vite oublié par le remplacement d’un autre objet. Mais cette fuite ne se réduit pas au libéralisme, Baudelaire ne faisait-il pas lui aussi préférence au goût du nouveau ?
« Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau. »
Sans doute faut-il distinguer deux temporalités de la novation. La première appartient au futur comme temps prévisible et soumis au calcul. La seconde à l’avenir comme inanticipable et monstruosité faisant trembler la valeur des signes, c’est-à-dire les conditions mêmes de l’échange. La modernité artistique s’est constituée dans l’entrelacs entre cette novation du futur et celle de l’avenir qui s’est ouvert grâce au désir d’émancipation. Il y avait alors un lien entre l’accroissement de la production industrielle et la révélation artistique de nouvelles potentialités jusqu’alors impensables
Cette articulation entre le futur et l’avenir permet de comprendre l’un des raisons essentielles pour laquelle l’art dit « numérique », dont la terminologie elle-même est héritière de cette structure, garde un arrière-goût de modernisme alors même que cette période est derrière nous. L’art « numérique » s’est souvent justifié par cette innovation, ce qui a donné lieu à des discours d’apparence naïve qui tentaient de donner le change, c’est-à-dire de fournir le discours attendu pour rendre des comptes à des institutions administratives accordant en retour des subventions. Personne bien sûr n’a été dupe de ces discours, mais au fil du temps l’innovation est devenue une habitude de l’art « numérique », tant et si bien qu’elle a fini par s’intégrer totalement à son développement.
Dans le recours fréquent à l’innovation, il y a la soumission de l’art au mot d’ordre de la rentabilité et de l’utilité sociales. Par une telle soumission, on gagne peut-être en moyens économiques, mais on perd le vacillement qui est le coeur même de l’oeuvre. Par rapport à l’économie classique de l’art (le marché), ce mot d’ordre se place en amont de la production, pas en aval, et a ainsi des conséquences plus profondes. Il rend ringard des techniques qui forment pourtant notre temps, parce qu’il se soutient d’un discours obsolète.
S’il ne faut pas soustraire toute idée de nouveauté à l’art, puisqu’on voit souvent dans l’art « numérique » des oeuvres répétant ce qui s’est fait des années plus tôt dans la plus parfaite ignorance, on peut distinguer deux formes de novation : l’innovation correspond à un mode de production qui accélère l’apparition et la disparition des objets en soumettant les désirs. Le propre de l’innovation, c’est qu’il n’y a aucun tournant technique, aucun moment déterminant, ce qui compte c’est le rythme du changement et c’est ce flux auquel il faut s’adapter plutôt qu’à tel ou tel objet particulier. Le mouvement n’a d’autre fin que la soumission du désir. La seconde novation pourrait être appelée la disnovation. Par ce concept, il faut entendre quelque chose de nouveau qui est anormal, désajusté, inanticipable. Par cette distinction conceptuelle, on redonne aux discours sur l’art la capacité de s’engager dans le nouveau sans pour autant s’adapter à l’instrumentalité sociale : la disnovation ne vient pas s’adapter à ce qui existe, mais est un flux discontinu qui vient interrompre et troubler ce qui préexiste jusqu’à ses conditions même de possibilité qui sont l’utilité elle-même.
Par un tel trouble il ne faut pas comprendre la reconduction d’un discours, lui aussi moderniste, de l’anomalie interrompant le système de valeurs. Nous savons combien le capitalisme contemporain est apte à intégrer ce qui lui résiste, la résistance devenant alors un concept décrivant la conduction électrique. C’est sans doute pourquoi, le capitalisme valorise la relation entre hacking et art ainsi que l’art incidentel tel que le glitch, qui sont une résistance qui reconduit le flux intégral. Peut-être faut-il alors voir la disnovation, non du point de vue des influences du numérique sur la culture, mais de la culture sur le numérique. Pour le dire autrement : la dislocation va du présent vers futur, non du futur vers le présent.
Les memes artistiques
Il faudrait faire la typologie des memes dans l’art numérique et dans l’art contemporain, c’est-à-dire les formes ressemblantes circulant d’oeuvre en oeuvre.
Cette typologie n’aurait pas pour objectif de dénoncer un prétendu manque d’originalité de certaines créations, car on sait combien les formes circulent non seulement du fait de la mondialisation informationnelle mais aussi du fait de la dynamique artistique elle-même, l’originalité en ce domaine relevant plus du fantasme passif que de l’état de fait. Personne n’échapperait à certaines répétitions et inspirations, l’oeuvre émergeant d’un héritage culturel.
Reconnaître le caractère problématique du caractère unique d’une oeuvre, parce que celle-ci vient et va d’ailleurs, n’équivaut pas pour autant à rayer de la carte la singularité et différentes formes de répétition formelle. Il y a celle passive et commune, les memes, et celle individuelle et inattendu qui s’assume explicitement comme telle, les reprises.
Cette typologie, disons plutôt cette cartographie ,serait à mêm eà partir de catégories formelles, de tirer des attributs esthétiques, allant de l’usage du pixel, glitches, nuées textuelles, etc. On aurait alors aucun mal à découvrir non pas l’origine de telles circulations, l’artiste le premier ayant réaliser tel ou tel effet, l’antériorité en ce domaine n’ayant nulle valeur esthétique, mais des points de convergence et de divergence, des artistes ayant quelque importance concernant telles formes. On pourrait alors réaliser une cartographie des arts numériques avec ses sources évidentes, d’autres plus cachées et refoulées, desquelles découlent ensuite une quantité inimaginable de répliques à la manière de celles suivant une secousse sismique.
Phidias : la découpe des flux
Lorsque nous parcourons la grande salle dédiée à Phidias au British Museum, nous faisons subitement l’expérience des flux antiques dans leur apogée formelle et réaliste. Il est non seulement question des flux tels qu’ils se présentent habituellement à nous dans la quotidienneté phénoménologique : les cheveux, les vêtements, les corps humains poussés et repoussées, envahis et emportés par l’animalité ambigue des centaures, selon cette logique duplice que nous avons détectés précédemment du mouvement à l’arrêt. Mais des questions liées à l’usage du support et de la technique comme tels sont aussi abordées par les passages entre la surface plane et le volume propre à le bas-relief et entre le dessin et la sculpture dans l’historicité même de l’art antique.
Chaque passage est une dialectique, c’est-à-dire qu’il n’est jamais résolu, intégré, continu. Il y a en lui aussi de l’arrêt, le flux est barrage. Les formes émergent du fond, elles y entrent aussi parfois, la surface soutient les corps, et cette émergence alternée est elle-même une fluxiologie tant elle est travaillée simultanément de face et de profil selon le plan régulier d’une découpe d’un volume irrégulier, le corps.
Cette frise représente l’apogée de l’art grecque, il appartient par là même a une histoire de la représentation des flux aquatiques et organiques qui est passée progressivement de la gravure, c’est-a-dire de l’inscription d’un dessin sur une surface, a un volume pathétique, sortant et revenant dans la surface-matière. Ce passage dialectique est un miracle tant sa subtilité esthétique est forte chez Phidias : les veines sur les cuisses des chevaux ne sont pas des lignes mais s’accordent et suivent la forme, la surface, sur laquelle elles s’inscrivent, et cet accord répond dans une mesure exacte à la fonction même de la veine qui est le produit d’un effort et d’un mouvement, d’une palpitation, d’un influx.
C’est a ce point précis et infime, sur la veine de ce cheval de Séléné, que se joue toute l’histoire de l’art : la conjonction entre le phénomène et le formel, c’est-a-dire le pathos. Ce n’est pas un cheval, mais ça machine comme un cheval.
Il y a deux autres points à soulever. Le premier concerne la mise en série des chevaux et des êtres humains. Le bas-relief devient une chronophotographie dans la pierre dans laquelle la forme s’individue : différence dans la répétition. C’est aussi là une forme pathétique du flux puisque les tourbillons semblent en même temps être identiques et en même temps être uniques selon un paradoxe que l’art n’aura de cesse, durant son histoire, de réinterroger par la mise en série.
Le second point est la transformation de la frise au cours du temps, non seulement découpée mais aussi abîmée. Lorsque nous l’observons, lorsque nous en faisons l’expérience cet accident n’est pas accidentel, il fait parti de l’oeuvre dans son état actuel et donc dans notre perception présente en tant qu’elle nous arrive. Ces accidents sont des perturbations qui répondent à la coupe de la surface, les coupes étant franches le plus souvent. Mais plus encore ces micro-destructions agitent la sculpture de flots incessants comme si la pierre était agitée de glitches, de brouillages télévisuels. L’accident ne détruit pas la grande oeuvre, c’est l’oeuvre qui en tire parti que ce soit dans ce bas-relief ou dans le Grand Verre de Marcel Duchamp. Miracle du temps et du devenir par lesquels tout arrive et rien n’arrive, mouvement à l’arrêt des phénomènes laissant des traces sur des matières et qui perturbe toute identité hylémorphique entre la forme et la matière.
Génération et réalisme
La génération condense de nombreuses problématiques de l’art programmatique. L’objectif étant de produire certaines formes visuelles, sonores ou autres en quantité illimitée, la relation entre la contrainte et la variation est centrale. Comment trouver un équilibre entre les deux pour produire quelque chose qui soit structurée sans être simplement répétitif ? Comment faire varier sans devenir chaotique (mais encore faudrait-il distinguer plusieurs qualités de chaos) ? Comment restreindre selon des règles et des possibles tout en s’adaptant à une production illimitée ?
La génération n’est pas neutre, en particulier dans le domaine visuel ou elle produit des formes identiques d’artiste en artiste et faisant par là même émerger un prétendu “style numérique” : pixels, vecteurs, low tech et autres lieux communs de l’art dit “numérique”. Cette ressemblance n’est pas le fait du hasard mais le symptôme profond des dialectiques qui traversent l’art programmatique. Cette ressemblance est “sans ressemblance”, au sens ou elle a un rapport à la mimésis, entendez au réalisme, littéral et naif. Elle s’en éloigne le plus souvent dans des formes abstraites, elle s’en rapproche parfois par simplification (formes vivantes simplifiées à n’être que bâtonnets et ressorts, fausse référence à un minimalisme qui ne semble jamais choisir quoi que ce soit stylistiquement).
La question centrale de la générativité me semble être celle du réalisme posée en un sens complexe parce qu’on ne saurait la résoudre en rapport à une prétendue réalité objective dont il faudrait rendre compte ou à une prétendue subjectivité intérieure à laquelle on devrait se soumettre. Le réalisme en art dépasse l’opposition trop simple entre le sujet et l’objet, entre le solipsisme et le réalisme philosophique, entre l’intérieur et l’extérieur. Le réalisme en art présente des formes qui disloquent de l’intérieur ces dualités.
Le réalisme de la génération ne serait-il pas lié à la production des industries culturelles qui ne cessent de différer de la répétition : c’est toujours la même chanson, mais comme nous l’avons entendu déjà avant, ce n’est plus la même. Le réalisme comme reprise. La répétition comme effondement : le sentiment d’une époque, la mienne et la vôtre.
La nuit du monde
« L’homme est cette nuit, ce néant vide qui contient tout dans la simplicité de cette nuit, une richesse de représentations, d’images infiniment multiples dont aucune précisément ne lui vient à l’esprit [...]. C’est cette nuit qu’on découvre quand on regarde un homme dans les yeux – on plonge son regard dans une nuit qui devient effroyable, c’est la nuit du monde qui s’avance ici à la rencontre de chacun ».
(Hegel, 1805)
La capture démocratique
Il en va de même pour la représentation démocratique et pour les représentations artistique et philosophique. Il faut en finir! Si on estime qu’on ne saurait se passer de la représentation en politique, c’est au sens d’une délégation permettant d’éviter le chaos des multitudes ne sachant décider de rien par et pour elle-même. Une caste intermédiaire plus cultivée devrait être désignée afin de représenter les intérêts des multitudes. La délégation permettrait d’agir plus rapidement, en réduisant le nombre de décideurs, tout en gardant l’intégrité du message d’origine. Le réductionnisme démocratique est problématique à plus d’un titre parce que sa réification transforme la délégation en appropriation, de sorte que le pouvoir qui fonde initialement le vote n’a non seulement plus de contenu (on se décide à partir des propositions de délégués non des délégants), mais de plus il ne peut être repris par chacun, il ne cesse d’être délégué.
Mais la délégation empêche-t-elle vraiment le chaos et l’indécision ? Le choix des multitudes est-il par essence chaotique ? Et s’il ne l’est pas, pourquoi faudrait-il déléguer?
Il existe une partie du monde dans lequel des décisions sont prises collectivement tous les jours et qui forme un tout cohérent, qui a sans doute sa part de chaos, mais pas plus qu’en représentation démocratique. Il a aussi une part de centralisation, car il ne faut pas méconnaître en lui d’importants processus de contrôle. Ce monde est Internet. L’ordinateur comme outil d’informations croisées et de votes, la vitesse de communication de réseau, ne permettent-ils pas d’échapper à la représentation politique, non pour éviter toute médiation (dont celle inévitable de la tekhné et des différentes structures juridiques, médicales, etc.), mais pour qu’il n’y ait plus une caste intermédiaire qui capture le pouvoir ?
Les deux corps du jeu
Il y a deux histoires fonctionnelles du corps dans un jeu vidéo. D’un côté, tous ces corps que l’on voit à l’écran, le sien bien sûr, cet avatar, mais aussi les autres, ennemis et amis qui tombent, meurent et disparaissent. Les corps sont placés dans l’espace et si parfois la tête me tourne et que je ne parviens plus à m’orienter, c’est qu’il faut que le corps retrouve sa place. Je suis coincé dans un coin-du-monde.
D’un autre côté, il y a le corps-geste, car finalement dans la plupart des jeux, passer une étape consiste à enchaîner une série de gestes avec plus ou moins de lâcheté. Il faudrait pouvoir faire abstraction des corps dramatiques de l’écran pour pouvoir ajuster ses gestes-interface de la façon la plus neutre et stable. La corrélation entre ces deux corps est contingente, elle correspond à une mise en scène qui produit une pression sur le corps du joueur : il palpite, sa respiration se coupe, reprend, soulagement et tension. Le geste est pris de court.
La singularité esthétique du jeu est cette corrélation entre deux éléments si différents : l’enchaînement des gestes (il ne s’agit pas d’un seul geste, mais d’une série, donc de ce qui se passe entre les gestes) et le vivant mortel des corps représentés, avec toute la différence entre mon avatar et les autres.
Tout se passe comme si la dramatisation des corps gênait cet autre corps, le corps-geste, le corps-fonctionnel. L’analyse de cette perturbation entre ce qui est à portée de main et ce qui est sous la main est au coeur d’une narratologie ludique.
Postdramatique
Elles avaient été la plupart du temps des prétextes. Cette histoire qu’on racontait. Cette technologie qu’on utilisait. Et c’est pourquoi les histoires appartenaient à des genres déjà définis : polar, comédie romantique, film d’auteur, etc. Les technologies étaient simplement plaquées dessus, comme si on avait essayé de mettre les événements racontés au goût du jour.
On se concentrait sur les dernières tendances et les mots qui semblaient renouveler par le miracle de leur seule prononciation, notre perception : transmédia, crossmédia (comme si une telle chose pouvait s’enjamber et qu’une forme existait indépendamment d’une matière), etc. C’étaient des mots magiques qui permettaient d’éviter l’au-delà du prétexte. On avançait de nouveauté en nouveauté, prenait ici ou là ce qui permettait de soutenir son appétit. Mais depuis des années, il s’agissait toujours de la même chose, des histoires variables (n+1).
On ne pouvait faire comme si elles pouvaient raconter la même chose dans un nouvel emballage. Elles ne parlaient pas du même monde. Elles ne parlaient pas à partir de ce monde légué par la Grèce antique, le monde dramatique du destin et de la chute, de l’accomplissement et des difficultés, barrage appliqué à la volonté humaine, traces divines dans l’existence de chacun, monde des météores et de la domesticité. N+1 parlait d’un monde variable, c’est-à-dire contingent, ceci ou cela pouvant avoir lieu, indifféremment, la causalité et la nécessité s’effondrant enfin sur elles-mêmes semblables à des rêves que nous murmurions à notre propre oreille. Une histoire, des histoires contingentes, façon de se débarasser enfin de la factualité transformée en une nécessité, à l’aide d’une cause dernière.
L’histoire postdramatique (variable, sans narration), n’appartient à aucun genre déjà connu parce que le monde dont elle parle et à partir duquel elle parle, n’existe pas encore, n’existera sans doute jamais, sa contingence la tient à la limite de ce qu’exister pour nous veut encore dire : une nécessité inventée se rêvant découverte. On ne pourra appliquer à une matière fictionnelle une forme technologique, on ne rendra pas interactif ce qui ne l’était pas, on n’appareillera pas à une fiction télévisuelle une documentation numérique, des extras. On tracera un autre monde, pour désigner ce qui n’a pas encore valeur de signe, ce qui fait trembler, pour un avenir qui jamais ne deviendra un futur, toutes les valeurs des signes.
Jeu et hyper-finitude
Une fois de plus la séquence se répéta. Je devais réaliser l’enchaînement d’actions selon un rythme répondant exactement à ce qui avait été programmé. Je fis de mon mieux mais échoua de nouveau. Le sang se répandait encore à l’écran.
On aurait tort de penser que l’alternance de vie et de mort dans les jeux vidéos constitue un sentiment d’immortalité et de surpuissance. Le fait de devoir répéter, encore et encore, la même séquence d’enchaînement jusqu’à ce qu’on passe l’étape, fait de l’expérience de la vie la trace traumatique de la mort. Tout se passe comme si, au moment ou on échouait, la mort était la vie, et ce qu’on doit répéter une trace de cet horizon nécessaire. Il ne s’agit donc aucunement d’un sentiment d’immortalité, mais d’une répétition traumatique de la mort, d’une hyper-finitude. En répétant la même séquence de touches, nous sommes saisit d’une angoisse sourde, celle-là même de la répétition, de cette mort qui nous guette et qui n’étant pas définitive est nécessaire : nous y sommes ramenés encore et encore, comme dans un martellement.
Ange de l’Histoire
« Il y a un tableau de Klee dénommé Angelus Novus. On y voit un ange qui a l’air de s’éloigner de quelque chose à quoi son regard semble rester rivé. Ses yeux sont écarquillés, sa bouche est ouverte et ses ailes sont déployées. Tel devra être l’aspect que présente l’Ange de l’Histoire. Son visage est tourné vers le passé. Là où à notre regard à nous semble s’échelonner une suite d’événements, il n’y en a qu’un seul qui s’offre à ses regards à lui : une catastrophe sans modulation ni trêve, amoncelant les décombres et les projetant éternellement devant ses pieds.
L’Ange voudrait bien se pencher sur ce désastre, panser les blessures et ressusciter les morts. Mais une tempête s’est levée, venant du Paradis ; elle a gonflé les ailes déployées de l’Ange ; et il n’arrive plus à les replier. Cette tempête l’emporte vers l’avenir auquel l’Ange ne cesse de tourner le dos tandis que les décombres, en face de lui, montent au ciel. Nous donnons nom de Progrès à cette tempête. »
Walter Benjamin, Ecrits français, « Sur le concept d’histoire »














